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Avec « En addicto », le metteur en scène Thomas Quillardet livre un solo minimal pour une addiction maximale

L’auteur, qui s’est immergé dans un hôpital de jour, se fait l’écho des voix des patients et des soignants, dans une interprétation qui efface les singularités.

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Banaliser la maladie en la racontant sans affect inutile ni effets de manche superflus : Thomas Quillardet, unique interprète d’En addicto, s’en tient à une profération dosée au minimum pour ramasser, dans sa parole, la complexité des pathologies addictives auxquelles sont confrontés, au quotidien, des soignants pas assez épaulés. Six mois durant, cet auteur et metteur en scène s’est immergé dans un hôpital de jour. Il a observé, questionné, discuté. Il a recueilli les confidences du corps médical, s’est heurté à la méfiance des patients. Il a vécu, à temps plein, au cœur d’une unité spécialisée dans les problèmes de dépendances.

Entré comme simple observateur, il a suivi un chemin singulier dont rend compte sa représentation. En menant un atelier théâtre avec les malades, il est devenu acteur à part entière du dispositif de soins. Mais c’est dans le rôle du témoin qu’il boucle son expérience. Il est celui qui redonne vie, ici et maintenant, à ce qui a été vécu par les autres et par lui-même. Le récit, écrit au présent, lui appartient en main propre.

Mais c’est aussi un récit polyphonique qui arrive en droite ligne du réel. Les mots sont ceux des médecins, des infirmiers, des malades. Articulés les uns aux autres, ils ne font pas littérature mais ils possèdent la force du témoignage. Ce qui ne veut pas dire qu’En addicto est à classer au rang du documentaire brut. La matière recueillie a été filtrée, triée, élaguée, ordonnée par Thomas Quillardet, qui donne corps à une cosmogonie où entrent et sortent des figures récurrentes priées de fermer ou d’ouvrir les portes des bureaux derrière elles.

Absence revendiquée d’incarnation

L’artiste n’est pas un comédien. Il l’assume. Ce qui explique pourquoi il ne fait pas mine de mimer des humeurs, des sentiments, des colères, mais se cantonne au respect des phrasés. Selon qu’il est tel ou telle, il accélère ou décélère le tempo. L’oralité est une affaire de rythme. Surtout pas de pathos. L’interprète ne bouge quasiment pas. En jeans, basket et pull, il reste assis sur une chaise posée au centre d’un plateau nu d’où il fixe le public dans les yeux. Le spectateur est son interlocuteur. Un procédé qui est utilisé au théâtre pour impliquer émotionnellement l’assemblée, mais qui ne suffit pas à compenser l’absence revendiquée d’incarnation.

En étant lui-même, c’est-à-dire en n’étant pas acteur, Thomas Quillardet évite de faire écran entre le public et cette parole dont il est hôte et passeur pendant quatre-vingt-dix minutes. Mais la quasi-neutralité de son jeu est à double tranchant. Figée dans l’équanimité de l’interprète, elle se révèle contre-productive à force de niveler, sur une intensité égale, les douleurs, les impuissances, les combats ou les doutes qui s’expriment.

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